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« TU ES PARFAITE »

« Que la société passe et j’y trouverai ensuite la place qu’elle m’accordera auprès d’elle »

Novembre 2017
Je décide de bloquer deux semaines pour partir marcher dans Tokyo, comprendre et ressentir ce qui m’apparaît être la société du « vivre ensemble » la plus élaborée à ce jour dans un pays moderne : pas de violence, pas de vol, pas d?ego, une organisation chirurgicale, une propreté et un respect génétiquement et historiquement transmis.
Ce pays a bâti son ascension sur un code de l’honneur et du sacrifice extrêmement strict. Il n’est certes pas le pays de la perfection mais véhicule une certaine humilité par la prise de conscience historique qu’il a su apprivoiser : La société d’abord, l’individu après.
Tokyo est une intelligence collective, un réseau neuronal qui cultive son progressisme et dont les mécanismes sont issus de la plus pure tradition japonaise : la répétition des actes jusqu’à atteindre la perfection, la transcendance.
Tokyo, à l’image du japonais, cherche l’optimisation au-delà du raisonnable. En résulte une mécanique baignant dans l’huile et dont la moindre accroche est prise en charge avant que l’inquiétude ne puisse germer dans les esprits routiniers.
Il m’était nécessaire de vivre ce que devait être le monde civilisé moderne ; savoir si j’étais prêt à en payer le prix ; savoir si j’étais digne de la rigidité d’esprit qui bâti cette mégalopole de l’ambulation.
Certainement que par inadvertance ils y ont aussi créé de l’art bien involontaire ; certainement que la ville sait travailler son végétal pour qu’une harmonie dénote sur celle du reste du monde bétonné et accorde ses expressions saisonnières avec l’architecture. Tokyo sait vivre seule et possède aujourd’hui ses habitants qui s’arrangent bien de cette symbiose dont leur sens de l’honneur et du sacrifice ont permis un modèle social que j’admire par l’exotisme de sa rigidité et de l’organisation autant que par son échec à concevoir l’individu comme un être riche de ses démons et ses angoisses.

Si la spiritualité était inventée aujourd’hui, elle s’accommoderait fort bien de Tokyo comme résidence principale. Elle y trouverait certes une illustration antique de la conception individuelle du bien-être dans une société paternaliste, autant qu’elle y entendrait une douce harmonie de la simplicité, du respect, de l’honneur et du sacrifice dans toute sa vastité.

© Yohan Terraza