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SAMAN

A dire vrai, c’est maintenant que tout commence, quand le fardeau devient le challenge, la barre au-dessus de laquelle il faut sauter. La veille, nous avions trempé notre pied gauche dans la mer, acte symbolique que nous pensions relayer par son homologue droit à la fin de la traversée du pays. Notre marche avait officiellement débuté à Akureiry sur le bitume. Nous ne savions évidemment pas qu’il nous faudrait avorter le périple quelques jours plus tard.

La roche, brutale et scintillante n’a apparemment pas appris à nuancer ses propos, tout comme le vent nous murmurait un langage rugueux. Je comprends le côté brut de l’art scandinave, nourri depuis toujours à la pierre et au froid mordant. La vallée est large, silencieuse de trace humaine à part cette piste timide que nous suivons, et monte progressivement vers les Highlands et le plateau islandais.
Le sac est lourd, 25kg, et ne ménage ni les épaules, ni les kilomètres. Je suis heureux d’être là, de partager par choix et d’en chier par nécessité. Plus que jamais, ce sont les chamailleries des éléments qui nous donnent du fil à retordre ; l’Islande n’a pas connu de telles conditions depuis 40 ans et les moments de répits s’enchaînent dans une suite informe d’apaisements abruptes.
L’Islande est une feuille torturée qui attend que le vent et la pierre veuillent bien lui dessiner le portrait. Pendant ce temps là, elle est en colère.

© Yohan Terraza