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MOUNT

Si j’avais su qu’il me fallait t’écrire sans mots, toi qui, de si loin, n’a plus de visage pour mes yeux, alors je t’aurais ramené les montagnes, les étoiles des hauts ciels, les nuages glacés et les feux réconfortants. Je les aurais blottis tout contre ton souvenir, pour qu’enfin tu comprennes ce que je ne sais prophétiser, que tu entendes mes départs comme des offrandes à un destin qui me nargue, plutôt qu’à l’envie de tout nier.
La montagne appelle. Elle gronde, assume ses forces, brandit sa vulnérabilité et hurle en infrasons toute son histoire. Les colosses se battent, les forteresses de ténèbres s’élèvent contre les vents et la foudre mais la paix y a pourtant fait son berceau. Car elle a le courage de ses faiblesses. Le soir, vois-tu, il y a le silence frais des cimes, les parenthèses sans conversations futiles, tout au plus quelques phrases lancées depuis leurs richesses bien pesées. Les gens racontent, les gens écoutent ; nous sommes ces gens. Nous ne sommes pas le monde, nous y coulons comme le ruisseau à l’existence insoupçonnée au cœur d’une forêt perdue.

Je serais parti là-haut, si j’avais pu, encore, pour pouvoir revenir sans les mots qui orneraient des images et des réalités vécues, pour te les raconter à toi que j’aime, pour te conter le noir, le vide et la fascination qu’il engendre chez moi ; pour te dessiner la démesure et l’envie d’approcher le bord de la falaise en pensant pouvoir voler sans jamais savoir tomber.

© Yohan Terraza