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Photo de nuit avec la brume rouge avec la pollution lumineuse d'un village
Photo d'un croissant de lune en montagne entre les arbres
Photo d'un campement en montagne de nuit avec un feu de camp et une silhouette devant
Photo d'un campement de nuit dans la montagne
Photo d'une cabane de montagne éclairée
Photo d'un pic de montagne sous les étoiles
Photo d'un paysage de nuit profonde sous un ciel étoilé
Photo d'un campement de nuit en montagne avec deux personnes autours d'un feu de camp sous les étoiles
Photo d'une personne regardant un lac de montagne
Photo d'un paysage de nuit avec une personne assise sous la Voie Lactée
Photo de montagne de nuit
Photo d'un col de montagne sous le coucher de soleil
Photo d'une personne en train de faire une randonnée en montagne
Photo d'une vallée de montagne sous la neige avec une cabane
Photo de pic de montagne la nuit sous la brume
Photo d'un orage la nuit sous les étoiles derrières les montagnes

MAGNUM SILENTIUM

« C’est l’histoire d’un voyage, d’une peau. A l’intérieur on y trouve le Grand Silence, le poids de la marche, du sac et enfin, la contemplation. L’indescriptible prix du moment, qu’il soit savouré dans l’instant ou rappelé du passé comme la mémoire d’un défunt nous apporterait la douceur, ne s’échange seulement que contre un autre chemin de traverse, une route dont nous ignorons l’identité et la saveur jusqu’à son apprivoisement soudain. La vie, la vraie, celle du Grand Dehors est l’antimatière de l’Intérieur que l’on ouvre quand on partage le voyage à plusieurs, que l’on cultive quand on le pratique en solitaire et que l’on crée dans une prosaïque alchimie aux ailes de tapis volant par une nuit tiède dans un calme souriant et un vaste espace amoureux.

La Montagne n’est pas un tout, la Montagne est tout. Elle fait le lien entre la mer et le ciel, ne parle que pour crier et n’accueille que ceux qui veulent bien tenter de la tutoyer sans la vexer. Elle apprend à comprendre le temps. Elle me fait peur, tout comme je peux avoir peur de moi-même mais pas de ce que je peux accomplir.

Elle ne fait jamais de bruit et cultive l’absolu mutisme. La symphonie naturelle n’est jouée que par les acteurs qui y vivent et meurent. Le matin, tout chante à l’approche d’une nouvelle page qui s’écrit et se rature. Le soir, c’est le silence de l’apaisement couplé de légèreté qui scrute la scène, longue, concluante. Les plus belles choses ne se monnayent pas, elles puisent en nous l’envie de souffler sur les innombrables vertus de chaque être vivant.

La Montagne m’a toujours fasciné, comme un coup de foudre, une Valentine espérée, approchée qui ne me repousse jamais sans pour autant prononcer mon nom. Alors j’insiste et trouve un nouveau pigment pour ma fresque personnelle. J’y ai photographié la beauté, l’imperfection, les questions et les réponses de terre et de bois. Mais j’y ai surtout photographié le silence. Qu’il était beau avec ses paysages enrobés de lumière ! Le silence est la ponctuation véritable du chemin de la vie. Il expose, permet de réfléchir et penser le pas d’après, d’appréhender, d’apprécier et de laisser faire. Que l’on soit sous les étoiles à plusieurs ou seul au fin fond d’une cabane perdue en plein hiver par -25°c, il est toujours là et sait trouver les mots. J’ose espérer qu’un jour je comprendrai sa poésie à défaut de simplement la lire.

Nous sommes en 2014 et j’y photographie depuis presque six années et à travers les montagnes de France, de Suisse, de Nouvelle-Zélande et d’autres à venir, les méandres de mon enfant. J’y trouve les idées perdues dans la panique et la ville, j’y trouve La Grande Espérance, consacrée par le simple fait qu’elle communique au-delà du dernier pragmatisme.

Ce travail est, à ce jour, le travail le plus personnel que j’ai réalisé car il a évolué sur le temps et n’a jamais été prévu ; un peu comme moi. Il s’est simplement faufilé entre les impératifs artistiques que je m’imposais pour compléter mes autres travaux et conscientiser les prochains. Il est apparu naturellement en passant entre les mailles du filet. Il était juste temps de le montrer.

Mais ce voyage continu. Il prend d’autres chemins, apprécie d’autres histoires que la sienne, ne pleure pas sur la vie des gens mais tente d’y cultiver la compassion et l’altruisme avec un but, un seul et unique point en ligne de mire de ce voyage intérieur, l’aplanissement de la route et le partage avec l’Autre.

Ceux qui m’ont accompagnés régulièrement ou ponctuellement savent pertinemment quelle est la valeur du sentiment qui nous unit tous pendant et après. Partez compagnons, amis ou découvreur prudent, vous en reviendrez frères.

Et à l’intérieur, le Grand Silence, toujours…

© Yohan Terraza